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« Personnes » au Grand Palais du 13 /01 au 21/02 vu par Macha Mieg Lundi 1er Février, la grue est en panne …Dehors le froid est glacial, sous la verrière du Grand Palais le soleil illumine chaudement l’espace et joue sur les couleurs réparties au sol. La presse ayant largement évoqué cette installation, je venais en quelque sorte à un rendez-vous avec la mort, présentifiée par cette grue happeuse. La mort recula donc ce jour là sous la douceur du soleil. « Personnes » est une grande mise en scène et l’œuvre a valeur de scénographie dans laquelle entre chaque visiteur. Soixante neuf étalements de vêtements laineux, soyeux, rugueux, mats, brillants, …dont les couleurs chatoient en sourdine. Chaque parcelle rectangulaire d’environ 2 mètres carrés est délimitée aux angles par un poteau métallique, dont deux supportent un haut-parleur d’où s’échappent des battements de cœurs. Chaque parcelle est ainsi sonorisée et l’ensemble sonore du Grand Palais s’apparente au remous de la mer dans sa régularité et son tempo sourd et répétitif. Des ouvriers réparent la grue et j’en profite pour aller déposer les battements de mon cœur, contribuant à cette collecte d’enregistrements engagée par C.Boltanski pour la réalisation des « Archives du cœur » installées dans une sonothèque sur l’île de Teshima dans la mer intérieure du Japon. Je sors, la grue est réparée. Dans l’amoncellement des vêtements, elle happe quelques uns au hasard, les haussant jusqu’à la carcasse métallique du ciel du palais, mais échoue à les garder. Ils s’échappent et flottent un instant, aériens, rejoignant en virevoltant la masse colorée des vivants dans l’espace du bas, le nôtre. La grue poursuit son entreprise dérisoire (elle est d’ailleurs bien petite pour cet espace…) cependant que persiste pour moi l’impression de vie qui se dégage de ces enveloppes corporelles que sont les vêtements usagés. Empreintes de corps absents, les étalements respirent, les sensations corporelles sont têtues. Les néons placés au centre de chaque rectangle palissent sous le soleil. Il est ltemps de franchir à nouveau le mur de métal qui fait rideau sur cette scénographie. D’entrée, il semblait infranchissable : 6144 boites métalliques disposées en trois rangées de 16 fois 128 boites. D’un format presque carré, profondes, contenant généralement des biscuits, elles deviennent le plus souvent des « coffres à trésors ».Dépouillées de leur emballage publicitaire, le fer à nu, elles sont frappées des marques du temps : la matière grouille, la rouille parcourt le métal : ocres, gris-bruns, jaunes orangés, dorées ou argentées, les courbes et les brisures de lignes conjuguent le lisse et le granuleux, cristallisant la parure du temps sur ce rideau de fer. Sur chaque boite est collé un papier portant numéro alors que 31 néons, disposés à distance régulière,les éclairent. Merci à C.Boltanski pour cette scénographie dont l’écriture se prête au renversement de la tragédie.
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